Le Monde publica “500 millions de dollars sous la mer” sobre “La Mercedes”
Le Monde publica 500 millions de dollars sous la mer sobre “La Mercedes“. Y el reportaje lo ha titulado así, en su portada de hoy (edición digital).
A qui appartient le fabuleux trésor de la Nuestra-Señora-de-las-Mercedes, cette frégate espagnole coulée il y a plus de deux siècles sous la mitraille anglaise au large du Portugal ? A Greg Stemm, le patron d’Odyssey Marine Exploration (OME), la société américaine qui, en mai 2007, a découvert, repêché et emporté discrètement en Floride un butin composé de 500 000 pièces d’argent, 5 000 pièces d’or et d’objets en métaux précieux ? Cette fortune reviendra-t-elle plutôt en Espagne, dont le gouvernement, furieux des “agissements moralement et légalement inacceptables d’Odyssey”, revendique la propriété ? Ou faudra-t-il compter sur des recours de la part des milliers de descendants des 130 marchands espagnols qui avaient chargé à bord du navire, parti de Lima (Pérou) à destination de Cadix, les richesses qu’ils avaient amassées là-bas ?
C’est un juge du tribunal de Tampa (Floride), Mark Pizzo, qui est chargé de démêler l’écheveau. Premier acte de son enquête préliminaire, il a entendu les arguments des avocats de l’Espagne, le 22 septembre. Odyssey exposera les siens le 17 novembre.
“Ce n’est pas une question d’argent, mais de principe, explique José Jimenez, directeur des beaux-arts et du patrimoine au ministère de la culture. Nous souhaitons que l’opinion publique comprenne l’importance de la sauvegarde du patrimoine archéologique subaquatique.” L’enjeu est énorme puisque, selon les experts, il y aurait plus de 400 épaves de galions et autres navires engloutis dans le détroit de Gibraltar.
Grâce aux progrès technologiques qui permettent d’atteindre de grandes profondeurs, cet immense magot sera bientôt à portée de main des chasseurs d’épaves : “Ces sociétés ne sont guidées que par le profit, elles ne respectent pas les protocoles archéologiques, nous voulons faire un exemple afin que les investisseurs de bonne foi sachent qu’il n’y a pas d’avenir pour ce type de pratiques”, insiste M. Jimenez, pour qui “les mers sont les grandes oubliées de la sauvegarde du patrimoine de l’humanité”.
“La Mercedes” propiedad del Estado español
Les autorités espagnoles soupçonnent OME, avec qui ce n’est pas le premier contentieux, d’avoir “ciblé la Mercedes dès 2004″. Afin de prouver que le bateau est bien propriété de l’Etat espagnol, le cabinet d’avocats américain commis par Madrid s’appuie sur les registres de l’armée. Mais les sources documentaires ne manquent pas, car le naufrage de la frégate est entré dans l’histoire pour avoir été l’élément déclencheur de la guerre entre l’Espagne et l’Angleterre en décembre 1804.
José Maria Moncasi de Alvear raconte l’affrontement naval comme s’il y était. L’histoire, il est vrai, se transmet de génération en génération dans la famille de ce consultant en communication de Saragosse. Son aïeul, Diego de Alvear, était l’un des officiers de la Mercedes. Il aurait dû mourir, comme les 249 marins et leurs familles, quand les premiers boulets de Sa Majesté frappèrent la soute à munitions de la frégate. Or, il se trouvait ce jour-là à bord de la Medea, pour y remplacer le commandant, tombé malade.
Diego de Alvear vit donc le navire couler à pic, emportant sa femme, huit de ses enfants, un neveu, quatre domestiques, ses économies et divers biens familiaux. “Nous ne savons pas encore si nous allons réclamer quelque chose, explique son descendant. Le montant des avoirs qu’il avait enregistrés sur le navire n’est pas clair. De plus, nous avons appris que les Anglais lui ont accordé par la suite une indemnité de 6 000 livres.”
Diego de Alvear eut en effet une seconde vie. Remarié à une Anglaise, il mena une double carrière de militaire et de scientifique. Son lointain héritier est intarissable sur cet ancêtre “dont les mérites, regrette-t-il, n’ont pas été assez reconnus”. Depuis que le quotidien El Pais a publié, le 7 septembre, la liste des 130 familles ayant eu des biens dans les cales de la Mercedes, José Maria a reçu de nombreux appels de parents. La famille a essaimé à Saragosse, Madrid, Séville, Cordoue et jusqu’en Argentine, où un de Alvear fut président de la République de 1922 à 1928. “Nous sommes si nombreux que réclamer une part n’aurait pas de sens, dit-il. Nous soutenons plutôt la position du gouvernement espagnol de vouloir préserver le patrimoine national.”
José María Moncasi de Alvear
Ce cadre dynamique de 44 ans, qui élève ses deux enfants - comme il l’a été lui-même - dans le culte du prestigieux ancêtre, parle toutefois de la nécessité de réparer “un dommage moral”. Il aimerait que les remous causés par la Mercedes soient mis à profit pour réhabiliter cet homme qui s’illustra dans la défense de Cadix et de l’île de Léon (aujourd’hui San Fernando) contre les visées napoléoniennes, et qui multiplia les travaux de recherche dans des spécialités aussi différentes que la botanique ou la cartographie.
Bref, on l’imagine disposé à un troc honnête : les pesos de la Mercedes contre un chapitre bien senti dans les futurs livres d’école ? Tous les lointains héritiers des marchands de la Mercedes n’auront pas le détachement matériel de José Maria Moncasi de Alvear. Mais pour se manifester, ils devront attendre la décision de la justice américaine sur la propriété du trésor. Si elle donne raison à Odyssey Marine Exploration, il leur faudra alors se lancer dans des comptes d’apothicaire. Si c’est la thèse de Madrid qui l’emporte, ils devront se retourner vers des tribunaux espagnols, et l’affaire ne sera pas plus simple.
Les Archives des Indes indiquent qu’un quart seulement (253 606 pesos) de la cargaison enregistrée à Lima appartenait à la Couronne d’Espagne . En revanche, objectent les avocats du gouvernement, il n’y a pas trace de biens appartenant à des particuliers dans les registres de l’armée. La bataille d’experts promet d’être épique
Las autoridades españolas están confiadas
Au lendemain de l’audition chez le juge Mark Pizzo, les autorités espagnoles sont confiantes. La politique des Etats-Unis en matière de protection des bateaux naufragés battant pavillon national va dans leur sens. Un jugement du tribunal de Virginie du 21 juillet 2000 le confirme : toute activité de repêchage requiert expressément le consentement de l’Etat propriétaire.
De plus, l’avocat James Goold a fait valoir que l’épisode de l’attaque de la Mercedes par les Anglais a été un événement historique, de même nature que celle de Pearl Harbour, qui précipita l’entrée en guerre des Etats-Unis. “Vu le nombre de victimes, l’épave peut être considérée comme un cimetière marin, donc inviolable”, conclut José Jimenez.
Posted on Saturday, October 4 2008
Author: admin
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